Votre Question :

Macron est-il lié à l'UOIF ?

Marine Le Pen a reproché lors du débat d'entre deux tours à Macron d'être «entre les mains» de l'UOIF, l'Union des organisations islamiques de France. Dans le collimateur de la candidate FN, l'appel de l'UOIF (considérée comme proche des Frères Musulmans) aux musulmans de France à «aller voter massivement pour faire barrage aux idées de xénophobie et de haine et donner au candidat Emmanuel Macron le score le plus large».

Mais Macron n'a lui-même jamais manifesté un quelconque «soutien» à l'UOIF. Face à Le Pen, il a répondu sur ce point : «Si l’UOIF prononce, invite, mène des activités interdites, je la démantèlerai. Je ne connais pas les dirigeants de l’UOIF, je ne les ai jamais rencontrés, je n’ai pas de relations avec eux.» De son côté, l'UOIF a répondu dans son communiqué aux propos de Le Pen : «Nous réitérons notre affirmation que l'UOIF n'a jamais recontré M. Macron, ni aucun de ses collaborateurs ou représentants. Mais n'en déplaise à Mme Le Pen, et à l'instar d'autres responsables religieux - chrétiens, musulmans ou juifs - notre devoir moral nous exige de sortir de notre réserve afin d'éviter à notre pays les affres de l'extrême droite.»

Alors comment la candidate d'extrême droite justifie-t-elle ses propos ? «On l’a vu avec l’affaire Saou, vous avez été mis devant le chantage : soit vous gardiez M. Saou, qui est un radical islamiste, soit l’UOIF appelait à vous faire battre», lançait-elle à son adversaire. Comme Désintox l'expliquait après le débat, Le Pen fait ici référence à «l’affaire Saou», du nom d’un référent d’En marche dans le Val-d’Oise. A en croire la candidate, ce (désormais) célèbre Mohamed Saou serait même coupable de dérives «qui font des morts sur notre territoire». Sauf qu’on reprochait en fait à Saou des posts Facebook, dans lesquels il avait par exemple écrit qu’il n’a «jamais été et [ne sera] jamais Charlie» quand Charlie Hebdo caricaturait les victimes du séisme en Italie survenu en août 2016. Rien à voir avec l'UOIF donc, ni avec des sympathies djihadistes. Surtout, la commission d’éthique du mouvement En marche a été saisie pour se prononcer sur le sort de Saou, qui a été du même coup suspendu de ses fonctions de référent. Ce qui n'a pas empêché la droite (et l'extrême droite) de relancer l'affaire, en manipulant un off de Macron.

Marine Le Pen oublie d'ailleurs au passage qu'en 2016, un collectif du FN, Banlieues patriotes, avait invité un membre de l'UOIF lors d'un colloque. A cette occasion, Jordan Bardella, qui dirige le collectif, avait expliqué que le membre de l'UOIF en question, Camel Bechikh, avait déjà participé à un colloque du Club Idées nations, géré par... Louis Alliot, conjoint de Marine Le Pen et vice-président du FN.

Cordialement,

Vincent C.