Votre Question :

Est-il vrai que la fonction publique a bien plus d'Absentéisme que le privé ?

Bonjour,

Cette affirmation est reprise par certains médias, instituts libéraux comme l'Ifrap, ou personnalités anti-dépenses publiques. Mais elle est souvent étayée par des études qui pêchent par leur comparaison des données entre le secteur privé et le secteur public. 

Une étude fait véritablement consensus sur l'exhaustivité et l'ampleur des données relevées. L'enquête sur les conditions de travail et l'absentéisme, publiée en février 2013 par bureau d'études statistiques du ministère du Travail, la Dares. Elle porte sur la période 2003-2011.

Cette étude a recueilli (sur toute la période) un million de réponses cumulées via des questionnaires auxquels les travailleurs ont répondu. La Dares a ainsi calculé le "taux d'absentéisme" en pourcentage de salariés en arrêt-maladie par semaine, rapporté aux effectifs de l'entreprise ou de l'administration. Elle permet ainsi de connaître les absences de travailleurs dans l'organisation du travail, établi en moyenne à 3,6% en France (Probabilité d’absentéisme pour raisons de santé -la sienne ou celle de ses enfants).

Les conclusions montrent que l'absentéisme dépend de nombreux paramètres. L'étude observe une différence de 0,2 points entres salariés en CDI depuis plus d'un an (3,7%) et les fonctionnaires (3,9%). Il y a donc bien un absentéisme plus élevé dans le public, mais pas de là à assurer qu'il l'est "bien plus", comme vous le demandiez. "A principales caractéristiques identifiables équivalentes, les taux d’absentéisme des salariés en CDI de plus d’un an et des fonctionnaires ne diffèrent pas significativement", écrit la Dares.

Les CDI de moins d'un an sont en fait catégorisés parmi les "emplois précaires", aux côtés des contrats d'intérim, des CDD, et des emplois saisonniers. Cette catégorie présente un taux d'absentéisme largement moindre, à 2,6%. La Dares évoque plusieurs facteurs expliquant un taux plus faible chez les précaires. Les droits à la prise en charge du maintien du salaire pendant l'absence par l'entreprise ou la mutuelle ne peuvent se déclencher, en général, qu'après un certain temps passé dans l'entreprise (90% du salaire maintenu à partir d'un an d'ancienneté), et ne bénéficient donc que rarement aux contrats courts. De plus, on trouve une majorité de jeunes chez les précaires, qui ont une santé en général meilleure en début de carrière, et donc ont "moins" besoin de s'absenter. Enfin, compte tenu de la précarité même de l'emploi court, les travailleurs ont moins tendance à demander de s'absenter.

La stabilité des résulats de l'enquête de la Dares portant sur environ dix ans (en moyenne, les taux d'absentéisme totaux oscillent entre 3,4 et 3,8%) permettent d'avoir une photographie honnête de cette période. La Dares "n’a pas publié de nouvelle étude". 

Des études privées circulent et sont fréquemment citées, mais comportent souvent des biais statistiques. On peut, par exemple, retrouver le taux d'absentéisme en compilant les données des bilans sociaux des entreprises. Mais la méthodologie du calcul de l'absentéisme varie fortement d'une entreprise à une autre. Cette variation est également présente si l'on souhaite comparer les absences entre les différentes collectivités et administrations publiques. Il est donc compliqué de comparer les études privées entre elles, et avec les données relevées par les bureaux de statistiques des administrations publiques. Un article très documenté de la Gazette des communes éclairent ainsi les biais des études les plus fréquement citées. 

Cordialement,

Youness Rhounna.