Votre Question :

Est-il possible pour Daesh de revendiquer un attentat pour lequel il n’aurait joué aucun rôle? Cela dans le but d’amplifier ses actions. Merci
Question d'Isabelle posée le 7 octobre

Bonjour, 

L'organisation n'a pas coutume de revendiquer tout et n'importe quoi. Mais la question d'une évntuelle "revendication d'opportunité" se pose à propos de Las Vegas.  Suite à la tuerie, l’Etat islamique (EI) a posté une revendication via son canal habituel (l’agence de propagande Amaq). Stephen Paddock, l’auteur de la tuerie est décrit comme un «soldat» de l’organisation qui se serait converti il y a plusieurs mois à l’islam. Mais le FBI a fait part de son scepticisme sur cette revendication, pointant le fait qu’il n’avait pas de preuve entre le tueur et une organisation internationale. Dans le cas de Stephen Paddock, les doutes peuvent être encore nourris par le fait  que le tueur s’est suicidé dans sa chambre d’hôtel de Las Vegas. Lors de leurs attentats, les jihadistes de l’EI ont pour habitude de déclencher leur ceinture d’explosifs ou de mourir sous les balles des forces de l’ordre.

Plus d'une semaine après, aucun lien n'a été trouvé entre Paddock et l'organisation. Laissant ouverte la piste d'une fausse revendication. Il existe quelques (très rares) cas pour lesquels on sait que les revendications de l’Etat Islamiste se sont révélées fantaisistes. En juin, l’Etat islamique avait affirmé à tort être responsable de l’attaque dans un casino de Manille, aux Philippines. Il a aussi faussement revendiqué avoir introduit des explosifs dans l’aéroport de Roissy le 17 septembre.

Certains spécialistes comme Herbert Tinsley (centre de recherche sur le terrorisme de l’Université du Maryland) émettent l'hypothèse que les revers militaires de l'EI en Syrie et en Irak poussent l'organisation à de fausses revendications : «dans un contexte où l'image de l'EI est malmenée, ses dirigeants peuvent juger intéressant de revendiquer une attaque dont ils ne sont pas responsables afin de démontrer qu'ils sont toujours des acteurs importants et de maintenir leur capacité à inspirer des recrues potentielles.»

Il existe enfin quelques cas d’erreurs factuelles dans des revendications de l’EI, ne remettant toutefois pas en cause l'implication de l'EI, mais son niveau d'information à un moment précis. Quelques heures après la fusillade sur les Champs-Elysées, l’EI avait, via son agence de propagande Amaq, revendiqué la fusillade et l’avait attribuée à Abou Youssef al-Belgiki (le père de Youssef le Belge). Or le tueur, Karim Cheurfi, était français. Certains observateurs avaient attribué cette confusion au fait qu’un avis de recherche concernant un homme de nationalité belge circulait quelques heures après les faits. Ce n’est que plus tard que l’organisation a reconnu que l’auteur de l’attentat était français, le rebaptisant Abou Youssouf al-Firansi [le Français] . Mais cette erreur ne permet pas de mettre en doute la revendication elle-même. Un mot défendant la cause de l’EI avait été retrouvé sur le trottoir à proximité de Karim Cheurfi.

Le soir des attentats du 13 novembre, l’EI s’était aussi félicité d’une fusillade dans le 18e arrondissement de Paris. La fusillade n’a jamais eu lieu. Mais cette erreur, là encore, ne remet nullement en cause le lien, largement avéré, entre l’organisation terroriste et les attentats parisiens. 

Coridalement

C.Mt