Votre Question :

Les accusations de Jean-Luc Mélenchon sur des prétendus "liens entre Manuel Valls et l'extrême-droite israélienne" sont-elles fondées ?
Question postée par Leveque, le 7 octobre 2017

Bonjour,

Cela fait des années que Manuel Valls et Jean-Luc Mélenchon s'opposent sur à peu près tous les sujets. La figure de proue de la gauche et de la gauche n'avait pas hésité à dire du ministre de l'Intérieur qu'il était «contaminé par le FN» au moment de l'affaire Léonarda. Plus récemment, Jean-Luc Mélenchon a démissionné avec perte et fracas de la mission parlementaire consacrée à la Nouvelle-Calédonie parce que sa présidence avait été confiée à Manuel Valls.

Depuis, «la machine à clash tourne à plein», écrivions-nous dans Libération. Le chef de file de la France insoumise accuse «la bande à Valls» d'être «totalement intégrée à la fachospère et à sa propagande». Taxé par l'ancien Premier ministre d' «islamismo-gauchisme», Jean-Luc Mélenchon lui a, à son tour, répondu en lui reprochant ses liens avec «l'extrême-droite israélienne».

Pourquoi cette accusation ?

La faute à cette photo, où l'on voit Manuel Valls, souriant, poser à côté d'Ayelet Shaked, ministre de la Justice israélienne, qui a relayé le cliché sur son compte Twitter. Au moment de sa nomination, nous décrivions la numéro deux du parti d'extrême-droite Foyer Juif comme une «ultra-nationaliste décomplexée», profondément hostile à la cause palestinienne.

עם מנואל ואלס ראש ממשלת צרפת לשעבר. דיברנו על ההתמודדות עם הטרור, מה בתי המשפט מאשרים ומה לא ועל האיזון בין זכויות אדם ללחימה בטרור pic.twitter.com/DQwtFW7aRZ

— איילת שקד (@Ayelet__Shaked) 11 septembre 2017

Dans le tweet, Ayelet Sheked se félicite d'avoir parlé «avec Manuel Valls, ancien Premier ministre, de ce que les tribunaux autorisent ou non concernant la lutte contre le terrorisme et de l'équilibre entre les droits de l'homme et la lutte contre le terrorisme.» Postée le 11 septembre, cette photo a été prise à l'occasion de la 17e conférence annuelle de l'International Institute for Counter-Terrorism (ICT, organisme israëlien), du 11 au 14 septembre 2017, à Herzliya.

Selon le programme de l'événement, le discours d'Ayelet Shaked a lieu le matin du lundi 11, et celui de Manuel Valls, visionnable ici (en français), a lieu en fin de journée. Officiellement, toujours selon le programme de l'ICT, aucune table ronde entre la ministre de la Justice et Manuel Valls n'étaient prévue, mais le tweet d'Ayelet Shaked laisse penser qu'ils ont eu le temps de se croiser.

S'il y a bien eu rencontre, et si Ayelet Shaked appartient bien à l'extrême-droite israélienne, rien ne permet pour autant d'affirmer qu'il existe de véritables «liens» entre cette mouvance et le député apparenté La République en Marche.

Des relations au cœur de toutes les attentions

Avant cette dernière polémique, les liens entre Manuel Valls et Israël avaient déjà été largement commentés. Force est pourtant de constater que pendant les années 2000, le député-maire d'Evry (Essonne), était plutôt proche de la cause palestinienne, comme le remarque Le Monde.

Aujourd'hui, l'intéressé jouit d'une véritable côte de popularité chez les juifs de France, comme en témoignait l'accueil chaleureux qui lui avait été réservé au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), au début du mois d'octobre, où notre journaliste était présente.

Un tournant s'est opéré à la fin de la décennie : de l'appel à la suspension des relations entre Israël et l'Union européenne, Manuel Valls en vient à critiquer le boycott des produits israéliens ; après avoir jumelé sa ville d'Evry au camp de Khan Younès, dans la bande de Gaza, en 2006, il s'oppose, en 2011, à la reconnaissance de l'Etat palestinien par l'ONU lors d'un vote à l'Assemblée nationale.

«Plusieurs observateurs au PS mettent ce changement sur le compte des ambitions politiques nationales naissantes de M. Valls, qui sera candidat à la primaire à gauche pour la présidentielle, en 2011», écrivent nos confrères du Monde. D'autres observateurs, parfois proches de la frange antisémite de la fachosphère, préfèrent y voir une raison plus personnelle: en 2011 Manuel Valls se marie avec Anne Gravoin, violoniste de confession juive. Un mariage à la suite duquel il déclare, lors d'une conférence organisée par Radio Judaïca de Strasbourg: «Par ma femme je suis lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël».

Une phrase abondamment reprise par certains comptenteurs du ministre de l'Intérieur puis Premier ministre de François Hollande. Mais qui n'avait pas empêché Manuel Valls, alors à Matignon, d'appeler Israël à cesser impérativement la colonisation lors d'un entretien au quotidien palestinien Al-Ayyam. Une position diplomatique classique hors d'Israël, mais à contre-courant des revendications de l'extrême-droite israélienne.

Réponse postée le 10 ctobre 2017