Votre Question :

Y a-t-il des sources suffisantes pour affirmer avec certitude que la police vénézuélienne se livre à des actes de torture sur des prisonniers ?

Question posée par Robert, le 4 octobre 2017

Bonjour,

Il est toujours particulièrement difficile d'obtenir des renseignements fiables sur le Venezuela. Nous vous l'expliquions notamment ici, sur la question du nombre de tués depuis le début de la crise, et sur les raisons de la mort de ces victimes.

Deux sources principales alimentent les débats récents : une enquête construite à partir d'une revue de presse, menée par le gouvernement vénézuélien, et une enquête de l'ONU menée à distance, via plus d'une centaine d'entretiens (il a été interdit aux fonctionnaires internationaux d'accéder au Venezuela).

Le gouvernement vénézuélien ne fait pas état du recours à la torture par ses forces de sécurité. Le terme apparaît une seule fois dans le rapport, concernant un jeune homme de la région de l'Etat de Lara. Décrit comme ne participant pas aux manifestations contre le gouvernement, il semble peu probable que le jeune homme ait été torturé par les forces de l'ordre. Cependant, le rapport du gouvernement vénézuélien ne dit pas qui sont les auteurs de ces exactions.

Par contre, le terme de «torture» est récurrent dans le rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (OHCHR), qui écrit dès l'introduction avoir constaté que «les forces de sécurité ont systématiquement fait un usage excessif de la force et arbitrairement détenu des manifestants. Des formes de mauvais traitements, s'apparentant parfois à de la torture, et de sérieuses violations des droits des personnes arrêtées en lien avec les manifestations, par les autorités vénézuéliennes, ont aussi été rapportées».

Sont citées notamment le recours à «des chocs électriques, à des passages à tabac, à des suffocations, à des menaces de violences sexuelles ou de mort, ainsi que des punitions visant à humilier et à terroriser les détenus, ou à obtenir d'eux des confessions et des informations sur de prétendues activités "anti-gouvernementales"».

Dans la partie du rapport consacrée à ces questions, les fonctionnaires internationaux décrivent la récurrence de certaines pratiques: «Dans quasiment tous les cas de détention enregistrés par l'OHCHR, les forces de sécurité ont soumis les détenus, y compris les enfants, à une ou plusieurs formes de traitement dégradants, inhumains, ou cruels, ou à des punitions, qui s'apparentent, dans plusieurs cas, à de la torture.»

Torture «systématique» contre «respect des libertés»

Ce rapport, qui date d'août 2017, n'est cependant pas le premier à avancer l'idée que les autorités recourrent à la torture. La Commission inter-américaine des droits de l'homme (CIDH), écrivait déjà en 2016, que «actes graves de violence physique, psychologique, sexuel subis par Linda Loaiza Lopez Soto, constituent un non-respect de l'obligation d'un Etat d'interdire absolument la torture, les traitements cruels, inhumains, et dégradants.» En 2015, le Forum pénal vénézuélien affirmait que plus d'une centaine de cas de tortures et de traitements cruels avaient aussi été recensés.

En juillet 2017, dans les colonnes de Libération, la juriste Tamara Suju, membre du forum pénal vénézuélien et exilée en République Tchèque, dénonçait la «pratique systématique de la torture contre les opposants emprisonnés». Pour elle, il s'agit d'une «politique délibérée et concertée».

Confronté à ces accusations, Caracas répondait, en 2014, devant le Comité contre la torture de l'Onu, par la voix du chef de sa délégation José Vincente Rangel Avalos: «Nous disposons dans pays d'un modèle policier et sécuritaire humaniste, qui respecte strictement les droits de l'homme.»

Plus récemment, et toujours face à l'Onu, l'ambassadeur Jorge Valero réagissait au rapport accablant de l'OHCHR d'août 2017, qualifié d' « insulte à la démocratie participative » vénézuélienne, produit pour «diaboliser, au nom des droits de l'homme, des gouvernements souverains». Et de conclure son allocution: «Le gouvernement bolivarien rappelle, une fois de plus, son engagement pour la tolérance politique, et pour le respect complet de l'exercice des libertés démocratiques.» Le mot «torture» n'apparaissait pas dans cette réponse.

Fabien Leboucq

(réponse postée le 6 octobre 2017)