Votre Question :

Est-il fréquent, aux Etats-Unis, que les journalistes revendiquent publiquement leurs votes aux élections ?

Bonjour,

Cette réponse a été rédigée par notre confrère Jon Greenberg, journaliste pour le site de factchecking américain Politifact, avec qui nous nous associons ponctuellement quand des questions portent sur la politique américaine. 

«Partout où j’ai travaillé, y compris à Politifact, nous avions des règles très claires sur la politique. Le vote d’une personne est personnel. Si on me demande, je ne réponds pas. Le caractère personnel du vote est une longue tradition, et même si on se pose parfois la question, on n’insiste jamais beaucoup.

Il y a une spécificité aux États-Unis qui tient à l'identification à un parti, au moment de s'inscrire sur les listes électorales. Dans la plupart des états, on s’enregistre comme républicain, démocrate, ou indépendant (ce qui signifie que l’on ne s’identifie à aucun parti). Les règles varient d’un état à un autre mais dans les états les plus strictes, le vote aux primaires est réservé à ceux qui se sont enregistrés auprès du parti concerné. Dans d’autres etats, ceux qui se sont enregistrés en indépendants peuvent venir le jour du vote, choisir un parti et voter pour ce parti. Typiquement, cette personne se réenregistre comme indépendant dès qu’elle a fini de voter.

Il n’y a pas de règle au sein des rédactions, mais la plupart d’entre nous nous enregistrons comme indépendants.

En revanche, un journaliste n’est jamais autorisé à participer publiquement à une quelconque activté politique, sous aucune condition. Il ne peut pas mettre d’autocollants sur sa voiture, pas de pancartes sur sa pelouse, ni participer à aucune manifestation ou événement public lié à une question politique.

Si j’entendais qu’un reporter -- pas un spécialiste, un commentateur ou un expert politique -- révélait son vote, je serais choqué. Chez les vrais journalistes, on ne le fait tout simplement pas. Ceux qui travaillent pour des sites partisans ou idéologiques à droite ou à gauche peuvent faire de telles déclarations, mais ils ne sont pas journalistes. S’il y a un quelconque débat sur les pratiques acceptables, c’est peut être qu’au fond il y a un débat sur la définition du terme journaliste. Les valeurs d’impartialité, d’indépendance et de neutralité politique sont souveraines, à mon sens.»

Jon Greenberg, Politifact

(réponse postée le 03 octobre 2017)