Votre Question :

Est-il vrai que des militants chavistes ont été lynchés dans la rue et que des députés chavistes ont été assassinés comme l'affirme Jean-Luc Mélenchon?

Bonjour,

Vous n'avez pas précisé où et quand Jean-Luc Mélenchon a affirmé que «des militants chavistes ont été lynchés dans la rue».  Par contre, le chef de file de la France insoumise a bien déclaré, dans un entretien à Marianne que l'«opposition [...] assassine des députés», ce qui n'est pas tout à fait vrai.

Nous vous l'expliquions déjà ici, le décompte des morts au Venezuela est particulièrement compliqué. L'exercice fait notamment l'objet d'une guerre des chiffre, avec, par exemple, la publication de deux rapports qui étudient le nombre de morts (et la raison de leur mort) sur la période avril – août 2017.

D'un côté l'ONU, qui n'a pas pu accéder au pays et qui a rédigé son rapport sur la base d'interviews menées à distance avec 135 victimes et leurs familles, des témoins, des journalistes, des avocats, des médecins et des membres du Bureau de la procureure générale.

De l'autre, le ministère vénézuélien de la Communication et de l'information, qui affirme avoir réalisé une «enquête journalistique», en recensant des articles de presse de presse (et qui a tout intérêt à affirmer que la violence vient de l'opposition).

Dans son rapport, l'ONU écrit qu'entre avril et août, 5 personnes auraient été tuées ou lynchées par les manifestants opposés au gouvernement. 8 membres des forces de sécurité auraient également été tués pendant la période. Si on peut penser que ces 13 personnes ont été tuées par des opposants, on ne peut pas formellement affirmer qu'il s'agissait de chavistes (même si on peut l'imaginer). 

Le ministère de la Communication vénézuélien, pour sa part, identifie, sur la période avril – août 2017, 111 décès de personnes ne faisant pas partie des manifestants anti-gouvernement.

Parmi elles, et à la lecture du rapport gouvernemental, on compte 10 membres des forces de sécurités, 3 personnes tués par des «opposants», des «manifestants», ou des «manifestants d'opposition» , ou encore le juge qui a signé la condamnation de l'opposant Leopoldo Lopez. On imagine probable (même si le rapport ne le précise pas) que ces 14 personnes étaient chavistes.

Moins de doute cependant, à en croire le rapport du ministère, concernant la mort d'une dame qui « participait à une manifestation chaviste », celles de 3 militants du parti de Nicolas Maduro, le PSUV, à Merida, celles de 2 étudiants qualifiés de « chavistes » ou encore celle d'un « militant révolutionnaire chilien ». Ce décompte (soumis à caution) allongerait donc la liste des chavistes tués (d'au moins) 7 noms.

A ce chiffre, il faut ajouter les 2 candidats à l'Assemblée constituante, José Luis Rivas et José Félix Pineda, respectivement tués par balle le 10 et le 30 juillet. Les deux hommes étaients chavistes, mais n'étaient pas députés. D'abord, parce qu'ils n'étaient pas encore élus (même si la victoire leur était assurée, l'opposition ayant décidé de boycotter l'élection). Surtout, parce les membres de l'Assemblée constituante ne sont pas des députés : seuls les membres de l'Assemblée nationale possèdent ce titre.

Un seul élu chaviste de l'Assemblée nationale a été tué, ainsi que sa femme, depuis l'accession au pouvoit de Maduro, en octobre 2014 : Robert Serra.

On peut donc dire que des chavistes ont subi des violences ou ont été tués depuis le début de la crise, mais il est difficile d'estimer dans quelles proportions. Mais contrairement à ce qu'affirme Jean-Luc Mélenchon on peut toutefois pas dire que «des députés», ont été tués par l'opposition.

Fabien Leboucq

Le 28 septembre 2017