Votre Question :

Nicolas Hulot est-il hypocrite en ne s’opposant pas à l’entrée en vigueur du Ceta?

Bonjour,

Avant de devenir ministre de la Transition écologique dans le gouvernement d’Edouard Philippe, Nicolas Hulot avait appelé à suspendre la mise en oeuvre de cet accord de libre-échange entre l’UE et le Canada.

Dans une interview à Libération, quelques jours avant l’entrée en vigueur provisoire du Ceta (c’est désormais chose faite depuis le 21 septembre), il rappelait s’être «battu» et que «la commission d’évaluation de l’impact du Ceta, qui a rendu son rapport au gouvernement le 8 septembre, a confirmé les inquiétudes que j’avais et partageais avec d’autres.»

Il faisait ici référence au comité d’experts chargés d’évaluer le Ceta qui ont rendu leur rapport au Premier ministre en début de mois. Ils y critiquaient un «manque d’ambition» et des «opportunités manquées» sur les questions environnementales et sanitaires notamment. «Les chapitres de l’accord concernant l’environnement ont le mérite d’exister, mais ne contiennent aucun engagement contraignant», regrettaient les auteurs. «Le grand absent de l’accord reste le climat.» Le rapport indique également que «la capacité des Etats à réglementer dans le domaine de l’environnement et de la santé est préservée par principe».

«Je ne peux pas dire que cela me réjouisse, mais il y a des engagements qui ont été pris vis-à-vis du Canada par le gouvernement précédent», expliquait Hulot à Libé. Dans une autre interview sur Europe 1, il précisait «le processus était tellement lancé qu'à moins de créer un incident diplomatique que nous ne souhaitions pas avec le Canada, c'était difficile» d’empêcher sa mise en oeuvre.

«Pour ma part, je ne change pas d’avis et d’opinion, j’avance. Il faut se référer à Nelson Mandela : «Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends.» «La messe n’est pas encore dite», bottait-il en touche auprès de Libération avant d’affirmer que «le Ceta servira de leçon pour les traités suivants». Deux obstacles doivent en effet encore être surmontés avant que le Ceta entre en vigueur de manière définitive: la Belgique a saisi la Cour de justice de l’Union européenne sur la légalité de l’accord et tous les parlements nationaux et régionaux de l’UE doivent encore ratifier le traité.

Sur Europe 1, il allait encore plus loin en parlant d’un traité «en contradiction avec nos objectifs». «Ces traités ne sont pas des traités de juste échange mais de libre échange au mauvais sens du terme», lançait-il.

Notons que la fondation pour la nature et l’homme (le nouveau nom de la fondation Nicolas Hulot) désormais présidée par Audrey Pulvar, a dénoncé le «double langage» du gouvernement sur le Ceta tout en rappelant que «personne ne peut remettre en cause la sincérité et l’engagement de Nicolas Hulot».

Pauline Moullot

(Réponse postée le 27 septembre à 16H10)