Votre Question :

Le parti allemand AfD est-il vraiment pro-nazi et s'en revendique-t-il?

Bonjour,

Que l'on soit très clair, le parti Alternative für Deutschland (AfD), qui est à présent la troisième force politique au Bundestag, ne se revendique pas du nazisme, ou d'un quelconque héritage du troisième Reich. Contrairement au NPD, le parti national-démocrate allemand, l'AfD n'a pas été menacée d'être interdite par la cour constitutionnelle allemande. 

Mais alors pourquoi les médias qualifient souvent le parti "d'extrême-droite"?

A l'origine, l'AfD est créé en 2013 par des professeurs d'universités allemands (ce qui lui vaut le surnom de "parti des professeurs") pour proposer une alternative à la politique économique européenne d'Angela Merkel. Il s'agit alors d'un parti eurosceptique. Mais avec le temps, le parti va basculer dans un discours plus identitaire, anti-immigration et anti-Islam. Cette radicalisation se note dans ses liens qu'elle entretient avec d'autres partis: la presse allemande a souvent révélé que des politiques du NPD sont désormais passés à l'AfD ou encore par le fait  que le Front National considère le parti comme son allié européen; mais aussi par les propos tenus par ses têtes politiques. 

Début janvier 2017, la cheffe du parti Frauke Petry ainsi que Beatrix von Storch avaient choqué l'Allemagne en déclarant que pour protéger la frontière germano-autrichienne les policiers devraient pouvoir faire usage de leurs armes à feu en cas d'urgence. Et ce même contre des femmes ou des enfants. 

On pourrait également s'attarder sur le cas d'Alexander Gauland, désigné comme chef de file du parti pour l'élection et qui au cours de la campagne a souhaité renvoyer Aydan Özoguz, secrétaire d’Etat à l’intégration et vice-présidente du Parti social-démocrate, en Anatolie. En 2015, il avait déjà déclaré que "les gens n'ont pas envoie d'avoir un Boateng comme voisin", en référence à Jérôme Boateng, membre de l’équipe nationale de football, né d’une mère allemande et d’un père ghanéen. Dimanche soir, après l'annonce des résultats, Alexander Gauland a également promis de "faire la chasse à Angela Merkel". Défendant le programme du parti, qui veut revenir sur l'importance accordée aux 12 années du nazisme dans l'identité allemande, il a déclaré le 12 septembre 2017: "on ne doit plus nous reprocher ces 12 années. Elles ne concernent plus notre identité" avant d'ajouter que "si les Français peuvent être fiers, à juste titre, de leur empereur, et que les Britanniques peuvent l'être pour Nelson et Churchill, alors nous avons le droit d'être fiers de ce que les soldats allemands ont accompli durant deux guerres mondiales".

En mars 2017, le Wall Street Journal avait également rapporté que dans le Land de Bade Würtemberg, l'AfD avait proposé de faire changer l'intitulé du budget consacré aux excursions scolaires "sur les mémoriaux de l'injustice du national-socialisme" par  des excursions "sur des sites historiques importants d'Allemagne". Le journal avait alors interrogé Björn Hocke, un des responsables politiques du parti, sur les changements que le parti voulait opérer sur le discours de mémoire en Allemagne. Selon le WSJ, Hocke leur a répondu: "Le gros problème est qu'on présente Hitler comme étant le mal absolu. Mais nous savons évidemment, que l'histoire n'est pas que noire ou blanche".

Lundi après l'annonce des résultats, l'AfD a tenu une conférence de presse, au cours de laquelle, la vice-présidente du parti, Frauke Petry, a annoncé qu'elle allait faire bande à part et qu'elle ne siègerait pas avec le groupe AfD au parlement. Sur Facebook, elle a expliqué que la montée d'une frange extrême au sein du parti l'avait poussée à prendre cette décision. 

C'est donc parce que ce parti tient des déclarations provocatrices, plus identitaires que les partis de droite conservatrice CDU ou CSU au sujet de l'immigration, de l'islam, de l'insécurité ou du rapport à l'histoire allemande, mais aussi par les liens qu'il entretient avec d'autres parti d'extrême-droite (dont le NPD allemand) qu'il est souvent présenté par les journalistes comme étant d'extrême-droite. 

Jacques Pezet