Votre Question :

Existe-t-il des médias français qui ont eu tendance à ne pas évoquer la thèse, finalement avérée, de la cardiomégalie dans l'affaire Traoré ?

Bonjour,

Votre question porte sur l'utilisation par la presse d'un rapport d'expertise sur la mort d'Adama Traoré (en suggérant que des médias ont caché le fait que le jeune homme était malade, ce qui selon vous explique son décès).

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré, 24 ans, est mort dans la cour de la gendarmerie de Persan (Val-d’Oise), peu de temps après son arrestation à l’aide d’un plaquage ventral. Une méthode policière controversée pour le risque de mort par asphyxie qu’elle pose. 

Le 4 juillet 2017, le Parisien publie les conclusions d'un rapport de contre-expertise qui rejette l’hypothèse un temps évoquée d’une infection et retient un syndrome asphyxique aigu dont la cause n’est pas précisément établie.

Comme Libération l'expliquait début juillet, le Parisien omet effectivement de citer la cardiomégalie (mais aussi une granulomatose systémique de type sarcoïdose, maladie inflammatoire la plupart du temps bénigne) dont était atteint Adama Traoré. 

Le Parisien cite cette phrase de conclusion : «La mort de Monsieur Adama Traoré est secondaire à un état asphyxique aigu, lié à la décompensation – à l’occasion d’un épisode d’effort et de stress»

Mais la phrase entière de conclusion était celle-ci : «La mort de Monsieur Adama Traoré est secondaire à un état asphyxique aigu, lié à la décompensation – à l’occasion d’un épisode d’effort et de stress – d’un état antérieur plurifactoriel associant notamment une cardiomégalie [augmentation de la taille du cœur, ndlr] et une granulomatose systémique de type sarcoïdose [maladie inflammatoire la plupart du temps bénigne]».

Cet  «état antérieur plurifactoriel» n’a donc pas été mentionné le Parisien, et cette version tronquée a été largement reprise par différents médias.

Dans un second temps, en revanche, plusieurs médias sont revenus sur le sujet et ont relayé la citation complète mentionnant cette hypertrophie du coeur. Nous l'avons fait à Libération. Ce fut aussi le cas pour BFMTV, Le Figaro, Le Point, 20 Minutes, Le Monde, et d'autres.

En revanche, s'il s'agit d'affirmer que la cardiomégalie est la cause de la mort du jeune homme établie par le rapport (ce que vous semblez considéré comme acquis, quand vous employez dans votre question l'expression "thèse finalement avérée"), il convient de modérer l'affirmation.

Le rapport d'expertise évoqué explique qu'Adama Traoré manifestait un syndrome asphyxique ("état asphyxique aigu") déclenché sur la base d'un "état antérieur", et survenu au moment de l'interpellation ("épisode de stress et d'effort physique"), mais il n'est pas dit que l'un ou l'autre soit la cause de la mort.

Par ailleurs, la cardiomégalie n'a jamais causé la mort de personne. Elle définit un symptôme. Il reste encore à déterminer quelle en est sa cause, ou autrement dit, quelle est la maladie qui l'a provoquée. La thèse d'une maladie cardiaque revient régulièrement dans les rapports versés successivement au dossier de l'enquête, mais il n'y a pas de conclusion médicale définitive pour l'identifier, et pour la lier à la mort.

Une source judiciaire informait en juillet Libération qu'"une synthèse va bientôt être réalisée à partir de tous éléments qui sont sur la table".

Cordialement

Youness Rhounna

(réponse postée le 26 septembre 2017 à 10h40)