Votre Question :

Macron veut-il réduire par deux le nombre de pharmacies en France?

Bonjour,

On ne peut pas lire dans les pensées du Président, mais on peut se fier aux propositions qu'il a faites lors de la campagne présidentielle. S'il s'est déclaré favorable à des regroupements de pharmacies, il n'a jamais défendu publiquement une réduction du nombre de pharmacies par deux.

Il s'agit d'une confusion avec un rapport de la Cour des comptes sur le financement de la Sécurité sociale, publié sur le site de l'institution d'audit des comptes publics le 20 septembre 2017, qui, elle, semble bien fixer cet objectif de baisse de 50%, basé sur des dispositions réglementaires. Dans la synthèse de l'étude, la Cour des comptes s'attaque aux pharmacies (ou officines), en surnombre d'après elle. La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France a publié dans la foulée un communiqué de presse offusqué : "La Cour des comptes prescrit la mort de la moitié des officines".

Pour être tout à fait exact, la Cour des comptes indique que le nombre d'officines (22 000 pharmacies en France) a un "caractère exceptionnel en Europe". Selon les Sages, "au regard des critères encadrant en principe la répartition démo-géographique des pharmacies [ou quotas], le nombre d’officines est près de deux fois supérieur au plafond règlementaire (10 400 officines en surnombre en France métropolitaine)." Elle estime que le rythme de réduction est si lent qu'"un siècle serait nécessaire pour que cet excédent se résorbe".

L'objectif de diviser par deux est donc le fait de la Cour des comptes. Jamais Emmanuel Macron n'a fait mention de cet objectif auparavant. Néanmoins, la Cour de compte liste certaines recommandations qui recouvrent parfois des propositions émises par le Président.

La Cour des comptes justifie une telle réduction par une question de coût des médicaments qui pèsent sur les remboursements de la Sécurité sociale, et que ces dépenses favorisent le maintien de pharmacies en surnombre, alimentées par cette manne. Les pharmaciens profitent d'un double monopole : celui d'installation et de possession des pharmacies (officines) ; et celui de vente des médicaments.

Rémunération. Pendant la campagne, dans un entretien à la revue spécialisée du Pharmacien de France d'avril 2017, Macron s'était montré ouvert à "l'évolution des formes de rémunération" des pharmaciens, celles-là même que la Cour critiquait pour être trop favorable au point de maintenir un surnombre d'officines.

Regroupements de pharmacies. La Cour recommande également dans son rapport des "regroupements" de pharmacies pour aboutir à la "rationalisation du réseau officinal" qu'elle demande. Dans l'interview au Pharmacien de France précitée, Emmanuel Macron émettait le voeux que l'important "maillage territorial" soit "préservé", tout en "encourageant les regroupements" de pharmacies, surtout en ville, les campagnes semblant être épargnées.

Vente de médicaments non-prescrits par une ordonnance. La Cour des comptes propose que : "le monopole officinal (soit) limité aux médicaments délivrés sur ordonnance médicale". Macron avait abordé cette question, estimant d'abord dans l'interview à Pharmacien de France que "la vente de médicaments à ordonnance non obligatoire dans les grandes surfaces ne fait pas partie des solutions que nous appelons de nos vœux", avanjt de tenir un propos un peu moins clair dans une ITW au journal spécialisé Le Quotidien du pharmacien le 18 avril 2017, disant qu'il "engagerait une concertation avec l’ensemble des professionnels concernés sur la question de la vente de médicaments hors de l’officine sous la responsabilité d’un pharmacien."

Vente de médicaments sur Internet. Cette concertation devrait également traiter de la libéralisation plus poussée de la vente de médicaments sur Internet comme le déclarait Olivier Vérant (alors référant Santé de l'équipe de campagne de Macron) le 29 avril dans une réponse à la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France. Une idée figurant également au rang des recommandations de la Cour des comptes.

Pour résumer, l'objectif d'une division par deux du nombre de pharmacies vient de la Cour des comptes... mais les préconisations de cette dernière peuvent recouvrir des engagements ou reflexions de campagne d'Emmanuel Macron. 

Cordialement

Youness Rhounna