Votre Question :

Est-ce que des policiers ont dû quitter leurs chambres d'hôtels pour que celles-ci accueillent des migrants à Valenciennes ?

Bonjour, cette rumeur relayée par des sites proches de l’extrême-droite mais aussi Marine Le Pen, repose sur un fait avéré mais a été quelque peu déformé. La présidente du Front national s'est désolée sur Twitter de voir des CRS chassés par des migrants, en mettant un lien vers un article du site RT mis en ligne deux heures auparavant et titré «Des CRS contraints de quitter leur hôtel après l’arrivée des migrants qu’ils avaient expulsés». Le média pro-russe relayait pour sa part une publication de la page Facebook «Association – Mobilisation Policiers en colère». Datée du 19 septembre à 21h30, celle-ci se faisait l’écho d’un témoignage «reçu en message privé ce jour» qu’elle assurait avoir «pris le temps de vérifier». Un CRS raconte que sa compagnie a été mobilisée «pour une éviction du camp de migrants de Grande Synthe (…) interpellés et mis dans des bus pour les acheminer sur des hôtels. Et de poursuivre en expliquant avoir été frappé de «stuppeur» en fin de journée lorsque les forces de l’ordre leur ont appris que ces migrants «interpellés par nos soins arrivaient dans notre hôtel, dans nos chambres». A l'en croire, il a été demandé aux CRS «de quitter (leur) chambre». Et de conclure, catégorique, «on se fait virer par les migrants».

L’Unsa-Police Pole CRS a également publié un communiqué sur cette évacuation du camp de Puythouck, en périphérie de Grand-Synthe : «Au retour de leur mission, la CRS 16 ne s’attendait pas à revoir comme voisins de chambre les migrants du camp évacué. [...] Comble du comble, ce sont les policiers qui ont dû plier bagage».

Il y a un fond de vrai dans l'affaire... mais les CRS ne se sont pas fait prendre leur chambre.

Ce qui est exact, c'est que les CRS auraient effectivement pu partager le même hôtel que les migrants interpellés par leurs soins. Une situation improbable qu'explique à Désintox le sous-préfet de Dunkerque Eric Etienne, qui a assisté à l'opération d'évacuation du camp et qui était présent au point départ des bus de migrants. En théorie, ces derniers devaient être acheminés vers les centre d'accueil et d'orientation. Faute de place, ils ont dû être logés dans des hôtels : «les Centre d’Accueil et d’Orientation ne suffisaient pas puisqu’on avait estimé qu’il y avait 450 migrants, finalement il y en avait 557, donc après j’ai pris les hôtels que la préfecture du Nord m’a attribué. Je ne savais pas qu’il y avait des CRS dans cet hôtel. Je l’ai appris dans la presse». Mais que les migrants aient été logés dans l'hôtel des CRS ne signifient pas que le smigrants ont été logés à la place des CRS, voire dans leur chambre... C'est là que l'histoire a été déformée. 

Un délégué syndical CRS de Saint-Omer (62) détachée depuis trois semaines à Dunkerque dans une mission «violences urbaines» et mobilisée pour l'évacuation, raconte. «A 17h, quand on était encore à Dunkerque, notre capitaine d’unité a réuni nos chefs de section pour nous dire «Vous voyez le bus qui part ? Il se dirige vers l’hôtel Première Classe de Rouvignies » en périphérie de Valenciennes où nous logions. Les organisations syndicales sont intervenues à la direction départementale des CRS pour faire changer ça.» Mais la Direction Zonale du Nord, chargée de la logistique des CRS postés à Dunkerque, n’a pas le pouvoir de reloger les migrants. Elle n'a pu que proposer aux CRS de changer d’hôtel, ce qui a été fait en accord avec les représentants syndicaux : les 22 CRS ont été dispatchés dans deux établissements à quelques centaines de mètres, 18 au Campanile, le reste à l’Ibis. Ce que justifie le délégué syndical : «La cohabitation n’est pas forcément possible»

Bref, si les CRS ont donc failli partager le même hôtel que les migrants qu'ils avaient évacués (ce qu'ils ont refusé de faire), il est en revanche faux de dire qu'il leur a été demandé de laisser leur chambre auxdits migrants.

Cordialement

Youness Rhounna