Votre Question :

Que sait-on des morts au Venezuela?

Bonjour,

Les décomptes divergent sur le nombre de morts au Venezuela, et surtout sur le camp politique des victimes et la responsabilité des manifestants anti-Maduro ou du régime dans ces décès. Pour se faire une idée, on peut regarder deux sources: la première est une enquête de l’ONU. Les autorités vénézuéliennes ayant refusé l’accès au pays aux enquêteurs de l’ONU, l’enquête a été menée du 1er avril au 31 juillet 2017 par des interviews à distance avec 135 victimes et leurs familles, ainsi que des témoins, des journalistes, des avocats, des médecins, et des membres du Bureau de la procureure générale. La seconde est un rapport du ministère vénézuélien de la communication et de l’information, une source gouvernementale dont l’indépendance est sujette à caution. Ce rapport sur les «victimes mortelles de la violence politique au Venezuela» a été mené du 6 avril au 4 août 2017. On est donc sur deux périodes quasi-similaires, mais les conclusions des deux rapports sont (sans surprise) différentes.

L’Onu a recensé 124  décès survenus dans le cadre des manifestations, et conclut: «D’après l’analyse de l’équipe des droits de l’homme des Nations unies, les forces de l’ordre seraient responsables d’au moins 46 de ces décès tandis que 27 autres décès seraient imputés à des groupes armés pro-gouvernementaux, dénommés "colectivos" armés». On a donc 73 morts causées par des forces de l’ordre ou des soutiens du régime de Maduro. Sur les 51 victimes restantes, l’ONU a dénombré 15 morts à cause des barricades, 12 qui ne sont pas directement liées aux manifestations (c’est-à-dire qu’elles ont eu lieu par exemple durant des pillages), 9 morts survenues dans des situations contestées ou peu claire et 2 accidents subis par des manifestants sans imputer leur responsabilité à l’un ou l’autre camp. 8 décès de forces de l’ordre et 5 morts et lynchages commis par des manifestants anti-régime ont aussi été comptabilisés. On ne peut donc pas, sur cette base, imputer l’ensemble des victimes recensées à la répression des manifestations, ce qui a (à raison) été reproché à certains médias.

 

Le ministère de son côté a mené l’enquête sur 167 décès: 109 qui ont été comptabilisés par le ministère de l’intérieur et 58 qui ont été rapportés par les médias sociaux. Mais les conclusions sont très différentes du rapport de l’ONU, pour la bonne raison que les deux rapports ne classent pas de la même manière les victimes : l'ONU s'est attachée à ranger les morts en fonction des responsables des décès, le ministère, lui, les classe surtout en fonction de leur profil. Il dénombre ainsi 56 décès de manifestants contre 111 qui ne manifestaient pas (mais préciser la responsabilité des décès). Sur les 111 morts, le régime dénombre 10 décès de membres des forces de l’ordre.

Ce dernier point est en fait le seul sur lequel les deux rapports s'accordent à peu près. Pour le reste, les deux rapports diffèrent largement, surtout parce qu'ils ne comptent pas les mêmes choses. Alors que le régime insiste pour dire que 111 des victimes ne prenaient pas part aux manifestations, l'ONU met en avant le fait que 73 personnes ont été causées par des forces de l’ordre ou des soutiens du régime.

Pauline Moullot